mercredi 9 avril 2008

"Les miroirs et la copulation étaient abominables, Parce qu'ils multipliaient le nombre des hommes"


- Pacôme : "Le chanteur de charme" surtout est addictif. Dès la découverte, j'ai arrêté l'écoute de l'album entier pour le remettre aussitôt. C'est un plug de mellotron que tu utilises dessus ? Il met dans un état pas possible, ce son de clavier. Il fait tourner la tête et déréalise l'atmosphère. Et puis l'intro de batterie, c'est tout simple, mais ça donne une impression d'urgence très glamrock. D'ailleurs le morceau entier a des effets bolaniens (mes morceaux préférés de T-Rex aussi ont un effet enivrant qui met presque mal à l'aise : "Cosmic Dancer", "Ballrooms of Mars", "Mad Donna"), avec en plus le moment où il devient vraiment dissonant vers la fin.

- Truc* : "Le chanteur de charme" est entièrement arrangé par Arnaud Fleurent-Didier, qui est vraiment très talentueux. On utilise lui et moi des plug-in pour le mellotron, oui.
La chanson parle aussi d’homosexualité.

(Puis conversation dans un bar : « Je pensais aussi au diable en écrivant cette chanson, le diable tentateur, biblique. »)

- Pacôme : Bien sûr j'avais quand même perçu la composante homosexuelle du "Chanteur de Charme" mais comme elle est un principe préalable à toute évocation glam-rock - à ma modeste connaissance, comme "John I'm only dancing" de Bowie et même ma favorite, les "Ballrooms of Mars" de T-Rex - je ne l'avais pas plus pris en compte que les allusions grivoises dans une chanson initiatique de Led Zeppelin ou une oeillade de Socrate au jeune éphèbe dans un dialogue platonicien.

- Le diable* : "Le chanteur de charme" m'a aussi été inspiré par une très belle chanson de Philippe Katerine, qui s'intitule "Mon bel Andalou" (sur "L'éducation anglaise"), bossa qui tournoie autour d'un personnage inquiétant, lointain et doux à la fois. Je pensais aussi aux propos de Kim Gordon sur le statut de rock star dans "Rock my religion" de Dan Graham : elle disait en gros que les rock stars jouent sur scène à la place de ceux qui n'en ont pas le courage. (comme dit Deleuze : ils jouent "pour"et "à la place de"). La chanson est aussi une invitation à prendre la place du chanteur, à prendre une guitare et à chanter à son tour (le "Viens" qui conclut les refrains), également dans une idée de reflexivité. Mais l'idée que le chanteur de charme (le "charme" entendu comme un "sort", mais qui dérive aussi du latin "carmen" : "chant", "vers", donc d'origine orale et musicale) représente le diable m'a pas mal perturbé ces jours-ci, restes d'une éducation religieuse ratée (je crois souvent que le monde est une grande tentation diabolique qui mène à la mort, et qu'il n'y a que le désert derrière lui).

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