jeudi 24 juillet 2008

Les nuits de la pleine lune personne ne dort



Enfin vu « Les nuits de la pleine lune ». Georgia m’avait soufflé qu’il fallait que je le vois, parce que le film était plein de « jeunes gens modernes » et qu’on y dansait sur Elli et Jacno (on aperçoit même Elli, à un moment, très belle et très jeune, sur le côté droit de l’écran, long nez aquilin, robe de collection et pas de danse assurés, maîtresse en son Paris). Et c’est vrai que certains danseurs y ressemblent un peu trop à ceux que je croise aujourd’hui (forte impression, à la limite du malaise, de voir le présent dans une œuvre passée, anachronisme et actualité mêlées, inédit). Peut-être y trouvait-elle d’autres motifs d’intérêt pour moi. J’avais laissé passer paresseux, jusqu’à ce qu’on me vole mon album de Jacno pendant une fête, alerte à prendre au mot donc, toujours un peu en retard, malheureusement. Enfin vu donc, et reconnu cette femme, la femme, cette « esclave qui cherche un maître sur lequel elle puisse régner », cette « menteuse, qui dit toujours la vérité ». Très forte. Mais tellement faible.

Lucchini, séduit et cynique, lui crache assez tôt : « En apparence, tu es quelqu’un d’éthéré, mais en réalité tu es quelqu’un de pratique, de physique, de matériel ». Et en effet, l’air d’innocence enfantine, la candeur virginale, la hauteur désincarnée et le phrasé d’éternelle actrice recèlent une profonde vanité, qui lui fait perdre tout quand elle voulait tout avoir.

Un dard me pique. C’est un souvenir.

Les nuits de pleine lune, personne ne dort.



Pascale Ogier, odieuse Louise ici mais parfaite décoratrice du film, met du Mondrian sur les murs de l’appartement de banlieue, ville nouvelle en 1979, morne Marne La Vallée, que construit son vouloir-être-mari, Tcheky Karyo. Rohmer, interviewé et décevant, n’y voit (ou fait semblant) aucun lien avec son scénario. Pourtant, chez Mondrian, les lignes verticales sont les hommes et les lignes horizontales sont les femmes. Leurs rencontres font les angles droits de la modernité, de l’architecture nouvelle, qui encadre (mais jamais n’encercle) les couleurs et les vivants. (Lucchini, drôle : « Et s’il devait construire une prison, est-ce qu’il y vivrait aussi ? »). Rohmer heureusement, met des couleurs partout (des écharpes, principalement) sur ce fond pré-80’s gris et noir. Elles éclatent, vives et primaires, comme des motifs abstraits sur l’écran, qui devient un aplat.

Froideur de la diction et incapacité à ressentir sont ainsi illustrées par les motifs géométriques, la disposition des objets, l’arrangement des couleurs. Comme un intérieur bien ordonné (un peu comme un jeu de Tétris, aussi). Les jeunes gens modernes ne sont pas réactionnaires, ils ne font que sans cesse revivre la même vie.
Où est le futur ? Il est derrière toi.

Pourquoi se placer ici ? Parce que les couleurs et les sentiments complémentaires nourrissent les chansons.

1 commentaires:

pdf a dit…

Très bon site, merci. Des analogies et des corrélations remarquables...